François Hollande au Vatican : quels sujets pourront être abordés?

Posted on janvier 16, 2014

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Il y a quelques jours, l’Elysée informait que François Hollande allait rendre visite au pape François au Vatican, le 24 janvier prochain.

Par tradition , chaque Président français reçoit le titre de chanoine d’honneur de la basilique Saint-Jean de Latran

Quand un Président est élu, il faut savoir que le chanoine français de la basilique lui adresse une lettre de félicitations, quel que soit son parti, et lui envoie une invitation. « Le Président (François Hollande, ndlr) a mis un peu de temps à répondre. Près de deux mois, j’ai trouvé ça un peu long. Je finissais par me demander si le courrier était bien parvenu au bon endroit », ironise Monseigneur Duval-Arnould, chanoine français de la basilique du Latran. Que fut la réponse de François Hollande ? « Il acceptait l’honneur que nous lui faisons mais sans plus, ‘au nom de la tradition’. Mais aucune allusion au fait de venir en personne à la basilique du Latran », regrette le chanoine. (Ces propos sont rapportés dans l’ouvrage François Hollande, Dieu et la République de Samuel Pruvot).

Mieux vaut tard que jamais ! Le président aura donc mis près de deux ans (1 an, et 8 mois) avant de se décider à aller rencontrer le pape. C’est bien plus que François Mitterrand, qui avait attendu, de son coté, 9 mois après son élection avant de se rendre à Rome. C’est toujours mieux que Georges Pompidou, qui s’était abstenu de toute visite, dans le climat tendu des années post-Mai 68. De Charles de Gaulle à Nicolas Sarkozy, avec son discours au Latran sur la « laïcité positive », tous les autres présidents ont, chacun à leur tour, rendu visite au pape. Mais toujours dans un contexte différent.

François Mitterrand, de son côté, avait choisi une audience privée plutôt qu’une visite d’Etat, et avait refusé le titre de chanoine d’honneur. Jacques Chirac, fervent admirateur de Jean-Paul II, avait souhaité lui « témoigner de la fidélité de la France à son héritage chrétien ». Tout comme Charles de Gaulle et Valéry Giscard d’Estaing, il avait accepté le titre de chanoine d’honneur. Nicolas Sarkozy a effectué une première visite controversée 7 mois après son élection, et une deuxième en 2010, où il s’était recueilli dans la basilique Saint-Pierre de Rome.

La Syrie, la centrafrique… mais aussi les Femen, le mariage homosexuel et l’euthanasie ?

On imagine que la visite de François Hollande sera sensiblement différente, l’homme étant très attaché au principe de neutralité de la laïcité à la française… malgré un héritage familial chrétien.

Il se veut « Président normal »? Pour lui, le Saint-Père est un « pape utile » ! Lors de sa conférence de presse, mardi 14 janvier, il a justifié sa visite au Vatican avec cette expression presque condescendante (du moins « maladroite », comme l’écrit Isabelle de Gaulmyn sur le blog « Une foi par semaine » de La Croix) : « le pape peut-être utile sur plusieurs sujets ».

Les sujets abordés seront diplomatiques, puisque Hollande voit cette rencontre comme une « visite de chef d’Etat à chef d’Etat ». Seront donc abordés le dossier sur la Syrie (rappelons que le Vatican avait été très critique vis-à-vis de la France lorsqu’elle a parlé d’usage de la force contre le régime de Bachar al-Assad); la Centrafrique (Hollande étant conscient du rôle positif des responsables religieux centrafricains pour apaiser les tensions dans le pays, comme l’écrit Isabelle de Gaulmyn), le conflit entre Israël et la Palestine, ou encore, le climat. François Hollande a aussi évoqué – une première- la situation des Chrétiens d’Orient,  « qui sont aujourd’hui menacés, obligés de fuir pour beaucoup ».

Mais, on l’imagine, les Français chrétiens espèrent que l’un des deux interlocuteurs abordera d’autres sujets plus centrés sur la France, son héritage culturel catholique et les récents débats de société.

Ce mardi, lors de sa conférence de presse, le Président a également condamné de manière ferme les actes de vandalisme dans les églises. Une réaction qu’attendaient depuis longtemps les responsables catholiques, après plusieurs actes de violence dans plusieurs églises, dont l’intrusion des Femen à la Madeleine. Les deux hommes oseront-il débattre de la conception de la laïcité à la française, où les limites entre respect de la liberté de culte, liberté de conscience, et séparation stricte des Religions et de l’Etat (au point d’exclure les hommes religieux du Comité national consultatif d’éthique, par exemple) sont parfois difficiles à définir ?

La question du mariage homosexuel, alors qu’un projet de loi d’union civile fait justement débat en Italie, sera-t-elle abordée ? Difficile, également, d’éviter la question de l’euthanasie, alors que le tribunal de Châlons-en-Champagne s’est prononcé, ce jeudi 16 janvier, contre l’euthanasie passive de Vincent Lambert, ravivant le débat en France sur la fin de vie. D’autant que François Hollande est volontairement resté très évasif, lors de sa conférence de presse, sur ce sujet, souhaitant qu’un texte de loi autorise dans un cadre « strict », une personne majeure atteinte d’une maladie incurable « une assistance médicalisée pour terminer sa vie en dignité ». Une formule pouvant autant désigner des soins palliatifs qu’un suicide assisté…

En attendant, certains catholiques ne se sont pas fait prier pour écrire une lettre au pape exprimant le malaise d’une grande partie de la communauté catholique sur de nombreux projets du gouvernement autour de sujets de société comme la PMA, la GPA, la recherche sur l’embryon humain, ou l’enseignement des études de genre dès l’école primaire.